Monsieur le Président, vous présidez le Département de la Haute-Marne depuis 2017. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru et qu'est-ce qui guide votre action? Lorsque j'ai été élu en 2017, j'avais une conviction simple: la Haute-Marne a des atouts immenses et ne doit jamais se résigner au déclin.

Depuis neuf ans, notre action s'est construite autour d'une même ambition: redonner de la confiance et construire la Haute-Marne de demain. Nous avons investi de manière importante et lancé des projets structurants. Mais au-delà des chiffres, une méthode: être présent sur le terrain, écouter, décider et agir. Mon engagement est guidé par une valeur essentielle, la proximité. Un président de Département doit connaître son territoire, ses forces, ses difficultés et ses habitants. Cette proximité, je l’espère, est devenue ma marque de fabrique.

Au printemps 2025, vous avez bouclé votre quatrième « Marcher avec vous ». Que vous ont dit les Haut-Marnais sur ces routes? Ces marches sont probablement les moments où j'apprends le plus.

Pendant plusieurs jours, loin des réunions et des dossiers, je prends le temps d'échanger avec celles et ceux qui vivent la Haute-Marne au quotidien. Les habitants me parlent de leurs préoccupations, bien sûr: l'accès aux soins, les transports, le pouvoir d'achat. Mais ils me parlent aussi de leurs réussites, de leurs associations, de leurs entreprises, de leurs communes. J'y vois avant tout un territoire qui refuse le fatalisme. Les solutions ne viennent pas toujours d'en haut. Elles naissent souvent sur le terrain. C'est pourquoi nous avons fait le choix d'un Département accessible, qui accompagne les initiatives locales plutôt que d'imposer des réponses uniformes.

En octobre 2024, vous avez mis en vente la préfecture et plusieurs gendarmeries sur Leboncoin pour dénoncer l'asphyxie financière des Départements. Ce cri d'alarme a-t-il été entendu?

Cette opération avait pour objectif de faire réagir. Les Départements font face à une équation impossible: assumer toujours plus de dépenses obligatoires avec de moins en moins de marges de manœuvre financières.

Si le message a été entendu? Peut-être, mais les réponses sont insuffisantes. Nous avons réussi à mettre le sujet dans le débat public. Pour autant, la question du financement des collectivités n'est pas réglée.

Je reste convaincu que les territoires ruraux ont besoin de collectivités fortes. Les Départements sont souvent le dernier rempart contre les fractures territoriales. Défendre les moyens d'action des Départements, c'est défendre les services rendus aux habitants.

Vous avez obtenu le classement France Ruralités Revitalisation pour 100 % des communes haut-marnaises. Pourquoi ce combat dépasse-t-il la Haute-Marne? Parce que la ruralité n'est pas un problème à corriger mais une richesse à valoriser. Pendant trop longtemps, les territoires ruraux ont été considérés comme périphériques. Pourtant, ils produisent et innovent en portant une certaine idée de la qualité de vie.

L'obtention du classement FRR pour toutes les communes hautmarnaises constitue une reconnaissance concrète sans exclure nos villes moyennes. Elle offre des outils pour attirer des entreprises, soutenir l'emploi et renforcer l'attractivité.

Au-delà de la Haute-Marne, c'est un signal envoyé à toute la France rurale: nos territoires ont un avenir et méritent des politiques adaptées à leurs réalités. Le Département a lancé son centre départemental de santé et déployé deux cabinets médicaux mobiles. Quel bilan en tirez-vous?

Nous avons choisi d'agir là où beaucoup pensaient qu'il n'y avait plus de solutions. Le manque de médecins est une préoccupation majeure pour nos habitants. Le centre départemental de santé et nos cabinets mobiles démontrent qu'une collectivité peut innover pour répondre aux besoins de la population. Les premiers résultats sont encourageants et montrent l'utilité du dispositif. Plus de 2500 patients ont déjà déclaré le centre comme médecin traitant. Notre objectif n'est pas de remplacer la médecine libérale mais de renforcer l'offre existante et de garantir un accès aux soins partout sur le territoire.

Je continuerai à soutenir toutes les initiatives qui permettent aux Haut-Marnais de consulter un médecin près de chez eux. Le Département assure désormais la gestion du Mémorial Charles de Gaulle et de La Boisserie.

Quelle ambition portez-vous pour Colombey? Colombey-les-Deux-Églises est un lieu unique. C'est évidemment un haut lieu de mémoire nationale, mais c'est aussi un formidable levier de développement pour notre territoire. Notre ambition est double: préserver l'héritage du Général de Gaulle avec l'exigence qu'il mérite et renforcer encore l'attractivité du site. Chaque visiteur qui découvre Colombey découvre également la Haute-Marne.

Nous voulons continuer à faire de ce lieu une destination incontournable, porteuse de mémoire, de transmission et de rayonnement. En cette rentrée, quelles sont vos priorités pour les collèges et la jeunesse?

La jeunesse est au cœur de notre action. Notre responsabilité est de donner aux jeunes Haut-Marnais les meilleures conditions possibles pour réussir et s'épanouir. Cela passe d'abord par des investissements importants dans les collèges, leur modernisation et leur équipement. Mais cela passe aussi par l'accompagnement éducatif, sportif, culturel et citoyen ainsi qu’une alimentation de qualité dans nos restaurants scolaires..

Le plan jeunesse que nous allons déployer vise à offrir davantage d'opportunités aux jeunes et à leur donner envie de construire leur avenir en Haute-Marne. Quelles priorités souhaitez-vous encore faire avancer d'ici la fin du mandat?

Je veux poursuivre quatre grandes priorités: agir pour l'attractivité de la Haute-Marne, faire de la jeunesse un pilier de notre action, adapter nos politiques au changement climatique, renforcer nos politiques de solidarités humaines et territoriales.

Les Départements sont la bonne échelle pour agir de manière adaptée aux besoins, pour peu qu’on leur en donne les moyens. Nous continuerons à la faire en Haute-Marne.

Source éditoriale : Le Journal des Départements, N°60 · Novembre 2026, page 8.