Se construire tout seul, en partant de rien, vous donne une liberté certaine, de ton comme d’esprit. Jean-Marc Roze peut en témoigner, lui qui a toujours tracé son sillon en toute indépendance.
Le jeune Rémois, né de parents malentendants, n’a pas attendu longtemps pour comprendre qu’il lui fallait agir s’il ne voulait pas subir. Lui qui a parlé la langue des signes avant le français, a gardé de cet apprentissage un sens inné de l’observation. Il lui suffit d’une rencontre pour reconnaître votre visage des mois plus tard. Qualité utile pour un batteur de rock, métronome du groupe, qui se doit d’être vigilant à chaque détail… Car Jean-Marc Roze, avant d’être élu local, a vécu sa passion de la musique derrière une batterie. Version AC/DC plutôt que bal musette.
L’autre amour de jeunesse de Jean-Marc Roze, c’est Reims, sa ville. À trente ans, « par réaction à la majorité communiste », il entre au conseil municipal. Les années 80 battent leur plein et une nouvelle génération d’élus veut se faire entendre.
Pourtant, Jean-Marc Roze peine à s’épanouir pleinement dans le paysage politique de l’époque. C’est qu’un autre grand projet l’attend. Parti de rien, il bâtit un groupe industriel de premier plan. Indépendant, bien sûr! Fort de plus de 1 000 salariés, le groupe Tagar, spécialisé dans la transformation de l’acier, compte parmi ses actionnaires Taittinger ou Arcelor.
Comprendre les enjeux
Une success-story marnaise. Mais les années 90 passent par là, faisant rimer inflation et désindustrialisation. L’épreuve est particulièrement douloureuse pour Jean-Marc Roze, qui met cependant un point d’honneur à ne pas laisser un centime impayé. Rigueur qui lui vaudra d’être appelé par la Banque de France pour devenir conseiller industriel durant onze ans.
Cette rigueur est le deuxième trait marquant du caractère de Jean-Marc Roze. Ne laissant rien au hasard, il est le garant d’une gestion financière parfaitement maîtrisée et reconnue de tous.
Alors, lorsque Catherine Vautrin cherche à conquérir la mairie de Reims, elle n’a pas à chercher loin pour trouver son futur adjoint aux finances. Élu à Reims puis au Département, il devient vite « Monsieur Finances, Colbert ou Picsou, selon le point de vue où l’on se place » se rappelle-t-il avec humour.
Pendant plus de dix ans, il veille au grain et pilote au plus juste les finances de Reims et du Département. Si l’on en croit le nombre de projets sortis de terre ces dernières années dans le bassin rémois, la rigueur a porté des fruits bien concrets. La Légion d’honneur que Catherine Vautrin lui a remise, en juin 2025, est un retour mérité pour ce travail inlassable et passionné pour sa terre.
Les réponses du territoire
Deux ans avant, en 2023, Christian Bruyen, président du Département, est élu Sénateur. Légitime, Jean-Marc Roze se présente pour lui succéder. Son expérience parle pour lui et ses collègues ne s’y trompent pas. Avec lui, ils le savent, il y aura une bonne gestion, « en père de famille » comme il le dit.
Il y aura l’indépendance d’esprit. Il y aura aussi une sensibilité toute particulière pour les sujets sociaux, qu’il connaît intimement. Mais au-delà, Jean-Marc Roze veut porter l’image d’un département qu’il aime plus que tout, et au sein duquel il a écrit sa propre histoire.
Mot d’accueil de Jean-Marc Roze « À six mois de la présidentielle, ces Assises auront une dimension particulière » Les 14, 15 et 16 octobre prochains, la Marne accueillera les 95èmes Assises des Départements de France. Comme vous le savez, cet important rendez-vous permet à tous les Présidents des Départements, à leur exécutif et à l’ensemble des conseillers départementaux de France et de nos outre-mer, de se rencontrer, de débattre et d’échanger autour des problématiques auxquelles sont confrontées nos collectivités.
Ces Assises prendront cette année une dimension toute particulière, ayant lieu six mois avant le premier tour de l’élection présidentielle. Dans ce cadre, notre événement sera sûrement suivi par l’ensemble de la presse nationale.
Ce qu’il faut retenir
Ces trois journées de travail vont être l’occasion, certes de travailler tous ensemble, mais aussi, je l’espère, de découvrir tous les atouts de la Marne. Territoire agricole, réputé en outre pour son champagne, tourné aussi vers les nouvelles technologies, le développement industriel et les bioénergies, la Marne est également une terre d’histoire et de culture et je sais que vous aurez à cœur de la découvrir et d’y revenir.
Je compte sur vous pour faire de ce congrès une parfaite réussite. Jean-Marc Roze, Président du Département de la Marne Entretien avec Jean-Marc Roze « Je souhaite que ces Assises fassent date »
La Marne accueille les Assises des Départements de France du 14 au 16 octobre, un rendez-vous qui s’annonce particulièrement observé cette année… Monsieur le Président, la Marne accueille du 14 au 16 octobre les 95e Assises des Départements de France. Que représente ce rendez-vous pour vous et pour les Marnais?
Tout d’abord, je veux dire que la Marne est très heureuse de recevoir les Assises des Départements de France. Cela permet de mettre en lumière notre très beau département. Près de 1 500 personnes sont attendues, Présidents de Département, élus départementaux, parlementaires, ministres… À quelques mois de la présidentielle, beaucoup de candidats déclarés ou en passe de le faire viendront à la rencontre des élus départementaux, ce qui confère à ces journées une visibilité toute particulière.
Comprendre les enjeux
Les Assises seront aussi l’occasion pour Départements de France de faire un acte de communication important autour du financement des Conseils départementaux. Vous le savez, 75 % du budget actuel des Conseils départementaux est consacré au social. De ce fait, ceux-ci n’ont presque plus de marges de manœuvre. Il est donc urgent de rétablir une autonomie fiscale et de retrouver un modèle pérenne pour les Départements. Si rien ne change, nous allons collectivement dans le mur, notamment du fait du vieillissement de la population.
Alors que certains souhaitent la disparition des Départements, je rappelle que leur existence est inscrite dans la Constitution et que cette strate est intimement liée à l’Histoire de notre pays et de notre République. Il nous faut donc porter ensemble une vision stratégique pour les Départements et leur avenir. C’est l’un des enjeux des Assises de Départements de France à Reims.
« J’espère que nous signerons un Pacte de Reims en faveur d’une CSG territoriale. » Jean-Marc Roze, Président du Département de la Marne En tant que Rémois, le fait que ces Assises se déroulent à Reims doit avoir une saveur particulière pour vous?
Je suis le premier Rémois Président de la Marne depuis près d’un siècle, c’est vous dire si la crainte de voir un Rémois présider le Département était forte! Or, en trois ans, je crois avoir prouvé que je suis départementaliste, notamment parce que j’ai tenu à renforcer le rayonnement départemental depuis Châlons et dans toute la ruralité marnaise.
Les réponses du territoire
Je rappelle que la Marne est le premier département de France en surface agricole, en nombre d’exploitations et en chiffre d’affaires. Notre territoire rayonne par son agriculture et sa viticulture, et je suis fier de le défendre. Si nous avons choisi Reims comme ville d’accueil des Assises, c’est avant tout pour sa capacité hôtelière et sa proximité avec Paris, grâce au TGV qui relie Reims à la capitale en 45 minutes seulement.
Parmi les sujets phares de ces Assises, la colère des sapeurs-pompiers s’invitera dans le débat, quel est votre point de vue sur le sujet? J’étais présent, il y a quelques jours, à la journée départementale des sapeurs-pompiers à Épernay. Après les incendies dramatiques de cet été, on mesure chaque jour davantage l’importance du sujet du financement des SDIS. Je le dis: il est anormal que le sujet crucial du financement des sapeurs-pompiers ne soit pas abordé directement avec les Départements, alors même qu’ils sont les premiers financeurs des SDIS! Là encore, nous n’avons aucune autonomie fiscale et c’est parfaitement anormal, alors même que les moyens ne sont à la hauteur ni des besoins ni de ce que nos concitoyens attendent légitimement. Il y a urgence à prendre le problème à bras-le-corps pour avoir, notamment, des équipements dignes de ce nom. Je ne doute pas que ce sujet sera au cœur de nos discussions lors de ces Assises.
Plus largement, c’est la question des finances départementales qui occupera la place centrale durant ces Assises. En tant qu’ancien adjoint au maire de Reims délégué aux finances, vous êtes particulièrement au fait de ces problématiques budgétaires.
Sur ce point, je suis parfaitement en phase avec mon collègue et ami Charles de Courson, qui plaide pour un financement des Conseils départementaux à travers une CSG territoriale. Les Départements auraient la possibilité de faire varier le taux de cette CSG de 1 à 1,5 %, retrouvant ainsi une vraie marge de manœuvre fiscale. En contrepartie, les Départements « rendraient » notamment les fractions de TVA dont ils ont hérité au moment de la suppression de la Taxe d’habitation aux communes. Non seulement, ces fractions ne nous ont rien fait gagner, contrairement aux promesses de l’exécutif, mais pire, elles ont été négatives! Pour la Marne, en 2025, le remplacement de la taxe foncière des Départements par les fractions de TVA représente une perte de 10 millions d’euros.
Ce qu’il faut retenir
A contrario, la CSG territoriale permettrait de maîtriser nos recettes et de les piloter au plus juste. Ce message, je vais le porter lors des Assises et je ne serai pas le seul puisque de nombreux collègues Présidents de Départements pensent comme moi. J’espère même que nous pourrons signer un « Pacte de Reims » en faveur de ce changement. Nul doute en tout cas que cette proposition fera partie des doléances de Départements de France, qui seront transmises au Premier ministre lorsqu’il viendra clôturer les Assises.
Vous avez mené une carrière de chef d’entreprise. Quel regard portez-vous sur le lien entre public et privé? Durant 30 ans, j’ai été chef d’entreprise, dirigeant jusqu’à 1 000 salariés. Croyez-moi, cette expérience donne une vision concrète et pragmatique du travail, de l’organisation, des finances et de la société en général. Je regrette que très peu de nos élus nationaux aient cette expérience de chef d’entreprise. Aujourd’hui, l’État crée des dépenses et, très souvent, le fait pour de mauvaises raisons. Il est par exemple anormal que les gens qui ne travaillent pas perçoivent quasiment les mêmes revenus que certaines personnes qui travaillent. Quelque chose dysfonctionne dans notre modèle.
Dans cette même logique absurde, les Départements se retrouvent contraints à intégrer dans leur contingent RSA des gens arrivées en fin de droits au chômage depuis un an. La conséquence budgétaire est directe pour la Marne, qui est passée mécaniquement de 15 000 à 16 000 bénéficiaires du RSA en un an.
La Marne, comme les autres Départements, n’échappe pas aux besoins croissants en matière d’accompagnement social… La Marne est toujours dans le « vert pâle » et même si nous ne pouvons pas investir autant que nous le souhaiterions, nous maintenons le cap. Mais jusqu’à quand? Le mur du vieillissement est devant nous et l’autonomie des seniors est un sujet extrêmement problématique à financer.
Comprendre les enjeux
À cela s’ajoute une baisse de la natalité qui va conduire notre système de retraite par répartition dans l’impasse. Cette question du vieillissement touche également les personnes en situation de handicap, que le Département accompagne aussi.
Aujourd’hui, en matière de politique sociale, les seuls secteurs qui connaissent une stabilisation plutôt qu’une inflation sont le nombre d’enfants placés à l’ASE et le nombre de Mineurs non accompagnés pris en charge.
Face à cette situation globalement critique, la Marne semble conserver une marge de manœuvre budgétaire, quelle est votre recette? Comme mes prédécesseurs, j’essaie de bien gérer le Département avec mes collègues conseillers départementaux, et d’aller parfois plus loin sur certains sujets. Je vais notamment chercher des économies là où j’estime qu’elles ont du sens. C’est le cas de l’arrêt de notre convention avec Sciences Po Reims.
La trésorerie de Sciences Po est passée de 25 à 125 millions d’euros quand notre épargne est passée de 100 à 25 millions d’euros... Il faut donc être responsable si nous voulons maintenir notre capacité actuelle de désendettement, qui est de huit années seulement. Notre chance, c’est notre prudence.
Les réponses du territoire
Ici, nous ne dépensons que les sous que nous avons. « En quelque sorte, l’avenir des Départements va se jouer dans la Marne. » Jean-Marc Roze, Président du Département de la Marne Parmi les leviers de recettes, vous avez notamment misé sur l’attractivité à travers la marque « Made in Marne », de quoi s’agit-il?
Début septembre, nous avons fêté les 5 ans de la marque « Made In Marne » lors de la Foire de Châlons (NDLR: la deuxième foire agricole de France). Aujourd’hui, 115 entreprises sont labellisées « Made in Marne ». Ce sont autant d’artisans et de producteurs qui garantissent des articles issus à 50 % au moins de produits marnais. La marque dégage des recettes importantes et est présente lors des grands rendezvous comme le Marché de Noël de Reims ou la Foire de Châlons. C’est une marque fédératrice que les Marnais plébiscitent et que nous aurons le bonheur de faire découvrir aux nombreux participants des Assises.
Bâtir l’avenir de son département, c’est aussi innover… Oui, notamment dans le domaine de l’eau. Nous n’avons pas attendu les épisodes caniculaires de cet été pour nous poser des questions sur notre modèle agricole, notamment à travers le prisme de l’accès à l’eau et de l’irrigation. Prochainement, je ferai une annonce importante pour proposer un changement de modèle dans l’approvisionnement en eau de nos agriculteurs marnais et sortir d’une certaine absurdité administrative typiquement française.
À l’heure où s’ouvrent les 95e Assises de Départements de France, quel message adressez-vous aux participants qui vont vivre quelques jours dans la Marne? J’espère que les participants venus de toute la France garderont un excellent souvenir de la Marne et qu’ils se sentiront bien accueillis, c’est une valeur essentielle chez nous. Je formule aussi le vœu que ces Assises soient l’occasion de porter auprès du Premier ministre des propositions d’avenir pour les Départements et que l’on se souviendra de ces Assises comme d’un moment fondateur pour une nouvelle stratégie départementale. En quelque sorte, l’avenir des départements va se jouer dans la Marne. Je souhaite que les 14, 15 et 16 octobre fassent date et soient un signal majeur pour les personnes qui entendent gouverner notre pays demain.
Source éditoriale : Le Journal des Départements, Hors-série Octobre 2026, page 10.

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