La rentrée s'ouvre pour les Départements sur un paradoxe que l'Institut Quorum a voulu formuler sans détour dans son rapport prospectif « 2040 : la fin des Départements ? ». Jamais l'institution n'a été aussi solidement installée dans l'estime des Français : 89 % s'y déclarent attachés et 82 % jugent que, sans elle, la solidarité s'effondrerait. Jamais, pourtant, ses fondations financières n'ont paru aussi incertaines.
Les droits de mutation se sont effondrés, seize départements restent sous le seuil d'alerte d'épargne brute relevé par la Cour des comptes et Départements de France chiffre à 6 milliards d'euros les dépenses supplémentaires absorbées en deux ans et demi sans compensation.
Ce grand écart entre la demande sociale et les moyens disponibles, les présidents de Conseil départemental le vivent chaque jour. André Accary, que nous recevons en Une de ce numéro, en a fait une méthode plutôt qu'une plainte : « un euro dépensé reste un euro utile ».
En Saône-et-Loire, cette ligne s'est traduite par des choix que la loi n'imposait pas : le premier centre départemental de santé de France, qui compte aujourd'hui 74 médecins et a permis à 40 000 habitants de retrouver un médecin traitant ; une antenne de première année de médecine ouverte à Chalon-sur-Saône en cette rentrée ; onze gendarmeries construites ; plus de 6 millions d'euros par an pour une agriculture dont la loi NOTRe a pourtant retiré la compétence au Département.
Comprendre les enjeux
L'été a rappelé brutalement à quoi tient cet engagement : jusqu'à neuf feux simultanés en une seule journée, un corps de sapeurs-pompiers volontaires à plus de 80 %, un modèle de secours qui a tenu mais dont chacun mesure désormais les limites.
Reste le troisième enseignement de notre rapport, le plus inconfortable. 64 % des Français n'ont jamais consulté les canaux numériques de leur département et 68 % estiment ses présidents absents du débat national. Une collectivité que l'on aime sans savoir précisément ce qu'elle fait est une collectivité que l'on peut réformer sans que personne ne s'en émeuve.
La bataille de l'opinion est gagnée. Celle de la visibilité s'ouvre à peine, et elle se gagnera avec des faits, des chiffres et des preuves. C'est le travail auquel nous nous attachons, numéro après numéro.
Bonne rentrée à toutes et à tous.
Source éditoriale : Le Journal des Départements, n°58 - Septembre 2026, page 4.

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