l y a des sondages que l'on feuillette et d'autres que l'on garde sur le coin du bureau. Le Baromètre Quorum 2025, réalisé auprès d'un échantillon représentatif de 1 000 personnes selon la méthode des quotas, appartient À la veille d'une rentrée budgétaire qui s'annonce tendue, l'Institut Quorum publie un rapport prospectif au titre volontairement provocateur : « 2040 : la fin des Départements ? ». Sa réponse tient en un paradoxe. Jamais l'institution n'a été aussi populaire auprès des Français, jamais ses fondations financières n'ont paru aussi incertaines. Lu à la lumière des derniers chiffres de l'Insee et de la Cour des comptes, ce rapport vaut feuille de route de rentrée pour les exécutifs départementaux : il dit où se trouve la légitimité, et où se loge le risque. 83 % lui reconnaissent un rôle essentiel pour la cohésion territoriale. Et 72 % estiment qu'il compense le retrait de l'État. Ce dernier chiffre décrit, en creux, ce qu'est devenue la collectivité au fil des transferts de compétences. Non plus un échelon parmi d'autres, mais l'amortisseur des fractures, là où les services publics nationaux se sont éloignés des bassins de vie. Le RSA, l'APA, la protection de l'enfance, le handicap, les collèges, les routes, les SDIS : autant de politiques où le Département est le dernier guichet ouvert, celui qui ne peut pas fermer. « Nous sommes devenus le bouclier du monde rural », résumait François Sauvadet, président de Départements de France, en novembre dernier. Départements : plébiscités par les Français, fragilisés par les chiffres INSTITUT QUORUM Ià la seconde catégorie. Ses résultats sont sans ambiguïté : 89 % des Français se déclarent attachés à leur département, dont 44 % « très attachés ». Deux tiers d'entre eux (66 %) s'opposent à sa suppression, quand 15 % seulement la souhaitent. Et 68 % pensent que le Département conservera un rôle important en 2040. Ce que les Français reconnaissent, ce n'est pas une abstraction administrative. C'est une fonction. Pour 82 % des sondés, « sans le Département, la solidarité s'effondrerait ».
Le troisième enseignement est peut-être le plus inconfortable, car il ne dépend ni de Bercy ni du marché immobilier. L'Institut Quorum le nomme « l'angle mort de l'invisibilité ». 64 % des Français n'ont jamais La note que l'Institut Quorum a consacrée, le 14 août, aux derniers chiffres de l'Insee donne à ce constat une résonance immédiate. Le taux de pauvreté a atteint 15,4 % en 2023, contre 14,4 % un an plus tôt : 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de 1 288 euros mensuels pour une personne seule, un niveau inédit depuis 1996. Pendant que le niveau de vie médian progresse timidement (+0,9 %), les revenus les plus modestes décrochent, et « la pauvreté a de plus en plus le visage d'un enfant vivant avec un seul parent ». L'Institut insiste sur un point que tout DGS connaît d'expérience : la moyenne nationale masque des écarts du simple au triple d'un département à l'autre, d'un canton à l'autre. Autrement dit, la pression sur les allocations individuelles de solidarité ne s'exerce pas uniformément, et c'est précisément la finesse territoriale de l'action départementale qui en fait l'outil adapté. Le problème est que cette demande sociale croissante frappe une institution dont les ressources n'obéissent pas à la même logique. Le rapport consacre un chapitre entier à « la crise des DMTO » : les droits de mutation, historiquement la ressource dynamique des Départements, sont retombés à 11,2 milliards d'euros en 2024, soit un recul de 13 % en un an. Les données publiées depuis par la Cour des comptes, en juillet, nuancent le tableau sans le démentir. L'exercice 2025 a été meilleur : l'épargne brute des Départements est remontée à 9,5 % des produits de fonctionnement, contre 7,6 % en 2024, portée par le relèvement du taux de DMTO de 4,5 % à 5 % dans la plupart des collectivités. Mais seize départements restent sous le seuil d'alerte de 7 %, et neuf dépassent dix années d'épargne brute de dette. La Cour elle-même qualifie la situation de « vulnérable » : des dépenses sociales rigides, des recettes instables. C'est l'effet de ciseaux que les présidents de conseils départementaux dénoncent depuis plusieurs exercices, et que Départements de France chiffre à 6 milliards d'euros de dépenses supplémentaires absorbées en deux ans et demi. « Nous ne pouvons plus faire face aux dépenses qui nous sont imposées par l'État », martelait François Sauvadet au Sénat. Une collectivité qui ne maîtrise ni ses recettes, depuis la perte de la taxe foncière, ni ses dépenses, fixées par la loi, ne décide plus : elle exécute. 89 % des Français attachés à leur département (Baromètre Quorum 2025, 1 000 personnes, marge d'erreur ± 3,1 points). 82 % estiment que « sans le Département, la solidarité s'effondrerait ». 15,4 % de taux de pauvreté en 2023, le plus haut depuis 1996 (Insee). 16 départements sous le seuil d'alerte d'épargne brute de 7 % fin 2025 (Cour des comptes, juillet 2026). 68 % jugent les présidents de Département sous-représentés dans le débat national. Sources : Institut Quorum, « 2040 : la fin des Départements ? », rapport prospectif, 18 juin 2026 ; note « Pauvreté 2023 », 14 août 2026. www.institut-quorum.fr consulté les canaux numériques de leur département. Et 68 % jugent que ses présidents sont sous-représentés dans le débat national. Le contraste est saisissant : l'institution est plébiscitée pour ce qu'elle fait, mais ceux qui la dirigent restent, aux yeux de l'opinion, des figures lointaines. Cet écart entre l'utilité ressentie et la notoriété des exécutifs constitue, à terme, une vulnérabilité politique. Une collectivité dont les élus sont invisibles est une collectivité que l'on peut réformer sans que personne ne s'en émeuve. Le rapport conclut sur trois scénarios : la disparition, le statu quo, la refondation. Le premier suppose qu'une réforme institutionnelle achève ce que la loi NOTRe avait esquissé en 2015, en diluant les compétences départementales dans les régions et les métropoles. Le deuxième, plus probable à court terme, maintient l'institution tout en l'asphyxiant lentement, exercice après exercice, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un opérateur de prestations pour le compte de l'État. Le troisième consiste à refonder le contrat : clarifier les compétences, sécuriser une ressource corrélée aux dépenses de solidarité, et rendre l'institution lisible pour ceux qu'elle sert. Pour les exécutifs qui entament cette rentrée, le message est double. D'une part, la bataille de l'opinion est gagnée, et c'est un argument de poids dans les négociations qui s'ouvrent avec l'État sur la compensation des allocations individuelles de solidarité. « Nous ne défendons pas une boutique, nous défendons un modèle social », disait déjà le président de Départements de France à l'ouverture des Assises d'Angers. Les Français, à 82 %, disent la même chose. D'autre part, cet acquis ne se convertira en levier politique que si les Départements comblent leur déficit de visibilité : en mesurant l'attente de leurs habitants, en occupant le débat national sur les solidarités, en racontant ce qu'ils font avec les chiffres qui le prouvent. Les Français ont répondu à la question posée en titre. Reste aux Départements à faire en sorte que cette réponse soit entendue. Une légitimité sociale que l'actualité confirme L'angle mort : une institution aimée mais invisible Cinq chiffres à retenir Trois trajectoires pour 2040 François Sauvadet, président de Départements de France « Nous ne défendons pas une boutique, nous défendons un modèle social »
Source éditoriale : Le Journal des Départements, n°58 - Septembre 2026, page 8.

Grand entretien
Accès aux soins
Accès aux soins