Marc Thébault Consultant auprès des collectivités locales en Attractivité et Communication MARKETING TERRITORIAL L’OEIL DE L’EXPERT L’attachement au territoire : une affaire de cœur, pas d’adresse ! Le 7 avril 2026, la Fédération nationale des Caisses d’Epargne (FNCE) a dévoilé une grande étude sur les relations des Français avec leur territoire. Nous avons demandé à Pierre Macé, son directeur général, de partager son analyse car cette enquête peut éclairer, voire rediriger, nos stratégies d’attractivité, notamment l’attractivité résidentielle. L’étude Caisse d’Epargne 2026 « Les Français et leur territoire », analyse de nombreux aspects de la relation que nous avons, nous les Français, avec notre territoire. Nous allons cependant ici nous concentrer sur ce qui est le plus en lien avec les stratégies d’attractivité, la notion d’attachement (voir sur ce sujet mon précédent article de février 2024). Mais d’abord, nous avons demandé à Pierre Macé, DG de la FNCE, pourquoi faire une telle étude ? « La FNCE, organe politique du groupe BPCE pour le réseau des Caisses d’Epargne, entend développer le modèle de banques 100 % coopératives, 100 % régionales et 100 % utiles au développement des territoires… tout en restant à l’écoute des transitions de la société. Ainsi, poursuit Pierre Macé, nous menons tous les ans une grande étude pour analyser ces transitions et anticiper leurs conséquences. Pour 2026, nous avons choisi de nous focaliser, au travers d’un important panel (plus de 5 000 personnes interrogées – ndlr), sur les territoires ». Voici quelques enseignements à tirer des résultats obtenus. D’abord le constat d’un « besoin de commerces et de services de proximité atteignables en moins de 30 minutes avec comme priorité l’accès aux services de soin et de santé. 96 % des répondants donnent d’ailleurs cette demi-heure comme la limite absolue » note Pierre Macé. Il ajoute cette autre conclusion « on observe une population majoritairement stable et fidèle. La plupart des habitants sont des résidents de longue date ; plus de la moitié d’entre eux sont installés dans la région depuis plus de 20 ans. 78 % n’envisagent pas de déménager ». Ici, les personnes en charge des stratégies d’attractivité noteront l’étroitesse du ciblage, mais ils y verront aussi un beau chantier à ouvrir pour « faire rester » ! Enfin, Pierre Macé insiste sur le fait que « au-delà de sa dimension géographique, près d’un Français sur deux (49 %) caractérise le territoire par son histoire et sa culture ». En somme, le capital immatériel. Mais revenons à la notion d’attachement. Pierre Macé est très clair « 91 % des Français se disent attachés à leur territoire (34 % affirment un attachement très fort et 57 % un attachement fort). C’est un sentiment qui fait l’unanimité dans la population, et il indique que, pour la majorité des Français, l'attachement à leur territoire est avant tout affectif et déconnecté de leur lieu de résidence : pour 59 % d’entre eux l’attachement est lié au lieu de naissance (20 %), ou bien là où ils ont grandi (20 %) ou encore là où ils ont leurs racines (19 %). Seuls 28 % évoquent leur lieu de vie. ». Et lorsqu’on leur demande de définir leur territoire : « pour les Français c’est tout autant leur ville (22 %), leur pays (20 %), leur région (19 %), leur quartier ou leur village (18 %) ou leur département (12 %). Pierre Macé insiste aussi sur la différence des réponses selon le lieu de vie : en zone rurale, le lien avec « l'extrême proximité » (le village, la commune) est maximal, tandis qu’en zone urbaine, la tendance s'inverse. ». Depuis quelques années, les stratégies d’attractivité résidentielle ont largement dépassé le simple enjeu du « faire venir ». Il s’agit, pour nombre de territoires, de développer un vrai sentiment d’attachement : faire en sorte que les nouveaux venus se sentent rapidement bien, chez eux, à leur place et souhaitent s’installer durablement. Est-ce incompatible avec cet attachement « de cœur » que l’étude révèle ? Pas obligatoirement. Après tout, on doit pouvoir être attaché à toutes nos racines, qu’il s’agisse des anciennes ou qu’il s’agisse des nouvelles. Et, bien sûr, cela démontre à quel point des stratégies qui visent le « faire revenir » ont de beaux jours devant elles. Les diverses diasporas gardent des liens de cœur, même loin des yeux ! Une chance pour nos territoires. Lien pour découvrir l’étude complète : https://www.federation.caisse-epargne.fr/etudes-caisse-depargne/ Pierre Macé, son directeur général de la Fédération nationale des Caisses d’Epargne (FNCE) © V. Ferlicoq-FNCE

Source éditoriale : Le Journal des Départements, n°58 - Septembre 2026, page 47.